Présentation

Jacques BRAUNSTEIN ou "le calvaire du survivant"

Depuis un an, les oeuvres de BRAUNSTEIN, accrochées aux murs des musées de l'Art en Marche suscitent les réactions les plus diverses. Il me plaît de rapporter les plus fréquentes.
Bien entendu, la valeur et la qualité plastique n'échappent pas à nos visiteurs qui reconnaissent en BRAUNSTEIN un de nos plasticiens les plus originaux, créatifs et talentueux. Mais l'approche subjective et donc émotionnelle dépasse la prise en compte purement technique, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

Les enseignants accompagnant leurs élèves au musée y voient un travail sur la mémoire, la mémoire sur l’aventure humaine diabolique qui, tous les jours, recommence. Les génocides, les épurations ethniques sont notre quotidien.

A force de démagogie, on finira par oublier ce qu’est un ASSASSIN.
Et pourtant, chaque jour, des milliers d’hommes sont assassinés, massacrés par des ASSASSINS.

D’autres disent : « ces œuvres sont chargées », « ces œuvres sont maléfiques » ;
Si c’était le cas, elles pourraient être, tout au plus, chargées de haine. Il est rare d’éprouver de l’amour pour ses ennemis.

Il est certainement vrai qu’après une vie de réflexion, de prière, de sagesse, on peut pardonner, mais quel chemin initiatique à parcourir…quelle volonté !
Quel calvaire ! La vie doit-elle être un chemin de croix ?
Et, bien sûr, le plus souvent, revient le terme de « morbide ».*

Le visiteur des œuvres de BRAUNSTEIN prend conscience que la mort est une réalité et qu’il va, lui aussi, mourir un jour. Je lui souhaite, comme à moi-même, que ce soit dans son lit, entouré de ceux qui l’aiment ou de ceux qu’il aime (en espérant que ce soit les mêmes)... pas nécessairement dans une chambre à gaz, lors d’un attentat, ou fendu en deux par une machette.

Oui, BRAUNSTEIN nous raconte tout ça. Il ose le non respect de la vie, le non respect de l’homme.
Ses connaissances de la kabbale, des religions, nous obligent à une lecture symbolique.

Rien n’est laissé au hasard, les nœuds sont comptés, leur espacement aussi, en fonction de la symbolique des nombres.
BRAUNSTEIN nous demande de réfléchir à la vie, à l’homme, à ce que nous faisons de notre vie. De réfléchir aux religions que nous avons inventées…pourquoi ?...dans l’intérêt de qui ?... avec quelles conséquences ?...

BRAUNSTEIN exorcise son histoire, son enfance volée, violée par des assassins.
Cicatrisera-t-il un jour ?

Il se pose et nous pose la question : « Pourquoi l’homme recommence-t-il toujours les mêmes folies ? Avons-nous perdu la mémoire ? Sommes-nous des dieux qui ont le droit de vie et de mort sur nos semblables ? »

Une exposition de BRAUNSTEIN est une chapelle ardente que nous devrions traverser dans le recueillement, et jurer, en sortant : « PLUS JAMAIS CA. »

*-Morbide- employé à tort par les visiteurs pour parler de la mort-Morbide- relatif à la maladie, qui dénote la maladie. (Petit Larousse)
Luis MARCEL - 6 Septembre 1998 - Directeur de la galerie « Les 4 Coins » Directeur des Musées de « L’Art en Marche » de Lapalisse et de Hauterives